prose → la moindre des choses
Je me demande ce que je fais là, à rager contre mon soi-disant manque d’inspiration alors qu’il ne s’agit que de se pencher sur le clavier et de laisser parler les touches. Ils s’égrènent en me laissant seule, ces mots. Mots qui parfois sont hors de ma portée alors que d’autres fois, ils me viennent en bouche par centaines, déboulant en paquet de mes lèvres. Je reste là, assise sur cette chaise alors que dehors le ciel explose ; la pluie crachée à un rythme de mitrailleuse.
Songeuse, je laisse mes doigts marteler le plastique du clavier, en cadence avec la musique provenant de la fenêtre ouverte. Je me lève brusquement, et me dirige vers la fenêtre, écoutant la civilisation qui rageait, là dehors, pendant que je me trouve en plein milieu d’une rixe avec moi-même. Quel pathétisme, aurais-tu dit de ta voix moqueuse, pleine de sous-entendus. Bien que tu sois à des kilomètres de moi, j’arrive toujours à t’entendre, bien malgré moi. Dehors, j’entends l’orage qui me dicte, mot à mot, sa façon d’être, alors je note, tâchant d’en prendre un peu pour moi aussi.
Sa musique digne d’une formation industrielle envahit l’empyrée de pétarades désaccordées mais qui, à mon oreille, est harmonieuse. Sa rage est comparable à la mienne ; inarticulée mais palpable. La rage de mots pris en boule dans ma trachée-artère, me laissant étouffer…