La rivalité de deux arts complémentaires.
Le travail de l’artiste-peintre, et celui de l’artiste-écrivain sont d’une même nature; ils sont seulement différents de par leur forme de création. Les deux œuvres partent d’une même chose : une idée. Ensuite, l’écrivain écrit alors que le peintre peint.
Les deux formes sont complémentaires car un écrivain peut décrire en mots une peinture, l’embellissant avec des mots. Un peintre peut faire une toile représentant un texte, ou encore un poème. Celui-ci peut également prendre une image, déjà existante, et s’en inspirer pour créer une œuvre nouvelle, comme un écrivain peut s’inspirer d’un texte déjà écrit et créer quelque chose d’autre. Utilisant son point de vue ainsi que sa culture personnelle.
Il est également dit que le geste créateur, le fait de créer, d’écrire ou de peindre, est la solution à une souffrance intérieure insoluble. La création est le fruit de la passion, en somme. « A travers l’épreuve et la souffrance qu’elle entraîne, l’artiste se sera forgé et donc, transformé. »[1]. Parfois, certaines œuvres, picturales comme écrites, mettent l’accent sur la manière dont ils écrivent le texte plutôt que sur le contenu. En d’autres mots, le processus de production a davantage ou autant d’importance que sur l’œuvre en tant que telle.
L’image picturale, fondamentalement, est presque toujours utilisée comme point de départ pour la narration. D’autant plus que parfois une œuvre picturale est utilisée pour promouvoir un objet, un service quelconque. Dans ce cas-ci, il s’agit de publicité. Ce qu’on remarque au premier abord c’est en premier l’image, puis ensuite on lit ce qui est écrit dessous. Mais l’un ne va pas sans l’autre. L’artiste ne peut aller sans l’écrivain. Il faut des écrits pour pouvoir expliquer, après la mort du peintre, sa vie.
« Le narrateur laisse « fonctionner » simultanément la vision et le texte. »[2]. De par cette citation, il faut savoir qu’un texte est écrit pour pointer une direction donnée, et non pas pour donner toutes les balises que l’auteur s’est donné. Un texte n’a pas pour but de contrôler le lecteur mais bien de le diriger dans une direction. Il ne faut pas s’abandonner à de fastueuses présomptions en disant que la peinture surpasse la littérature car, dit-on, une image vaut mille mots. Peut-être véridique mais il ne faut pas oublier que sans l’écriture, il n’y aurait pas d’histoire.
Mais sans les dessins que les hommes ont laissés sur les parois de la caverne de Lascaux parfois appelée « chapelle Sixtine de l’art pariétal », (pariétal signifiant les parois d’une cavité) ou encore de l’Altamira (située à Santillana del Mar, près de Santander, en Espagne), nous n’aurions jamais su la période ou les hommes furent assez débrouillards pour dessiner. Nous sommes donc aux prises avec un dilemme, à savoir quelle forme d’art est la prédominante : la peinture ou la littérature ? Pourquoi ne pas simplifier les choses en admettant que les deux « criminels » impliqués sont égaux ! Car l’un ne saurait vivre sans l’autre. Il y a bon nombre de poètes qui ont écrits pour des peintres, et des peintres ayant peint pour des écrivains, notamment Charles Baudelaire, qui a commenté Delacroix, Gautier qui a commenté Ribera, etc.
Également, il y a eu, et il y a, certains peintres qui ont le désir de coucher sur papier – cette pratique se fait de plus en plus rare – les réflexions qu’ils ont amassées au cours de leur pratique. Ils ont un fort sentiment de devoir faire le point et de faire connaître ce qu’ils ont expérimenté pendant leur vie d’artiste. Baudelaire disait de Delacroix qu’il était sûr de lui lorsque venait le temps d’écrire ses idées sur une toile, mais qu’il avait peur de ne pas pouvoir peindre ses idées sur papier. Dali a aussi produit quelques oeuvres écrites, dont Journal d’un génie et Les métamorphoses de Narcisse. Le peindre, productif, a également co-écrit un court-métrage (comportant une histoire plutôt alambiquée), qui est inspiré d’un de ses rêves; Un Chien Andalou.
Bref, écrire et peindre sont tous deux une forme de salut, qui va dans les deux sens, soit la « survie physique et morale »[3] ainsi que pour l’ « aventure spirituelle »[4]. Il faut bien se mettre dans la peau d’un peintre ou encore, d’un écrivain, pour comprendre à quel point les deux disciplines sont interconnectées.
Notes:
[1] Roland Bourneuf, Littérature et Peinture, Québec, L’instant même, 1998. p.71.
[2] Ibid. p.74.
[3] Ibid. p.135.
[4] Idem.